• Chronique du livre {Le tour du doigt} de Jean Anglade

    Chronique du livre {Le tour du doigt} de Jean Anglade

     

    Informations générales:

    Titre:  Le tour du doigt

    Auteur: Jean Anglade

    Editeur: Presses de la Cité

    Collection: Terres de France

    Pages: 394

    Date: 26 février 2015

    Langue: français

     

    4ème de couverture:

    "Faire le tour du doigt de Jules Vendange, c'est dérouler plus de quatre décennies de la vie d'un jeune Auvergnat qui, parce qu'il déteste le fromages, devient maître d'école...

    Des bancs de l'Ecole normale d'instituteurs aux tranchées sur le front de l'Aisne, du fusil au tableau, de l'innocence perdue à l'amour patiemment conquis de la belle Automne, le destin de Jules Vendange ou l'école de la vie."

     

    Extrait:

    " Et me voici devant eux, les mains vides et les poches crevées.  Sans matériel, sans principes, sans expérience.  Je dois leur donner ma première leçon.  Pour en retarder l'instant, je les apprivoise, je leur parle gentiment,votre papa n'est pas à la maison en ce moment, il est parti faire un voyage,quand il reviendra il sera bien content de constater que vous avez appris à lire durant son absence.

    "D'accord?  Tu veux bien, Claude?"

    Leurs yeux s'élargissent davantage encore s'il est possible. Personne ne répond.  J'insiste: dis-moi quelque chose, Claude.  Il pousse un soupir, secoue la tête, et finit par lâcher, s'adressant plutôt à son frère aîné qu'à moi-même:

    "Comprègne re do to."

    Il ne comprend rien du tout!  Plusieurs ne connaissent pas un mot de la langue officielle et seule autorisée.  J'ai prêché pour les merles.  Voilà qui va simplifier ma tâche!  Je devrai m'exprimer avec les mains, avec la figure, avec la craie.  Et si nous ne nous entendons pas complètement, je recourrai de temps en temps, en dépit des prohibitions, au patois auvergnat, à mon véritable parler maternel.  Pour l'instant, mes ambitions sont modestes."

     

    Mon appréciation:  8/10

     

    Mon commentaire:

    Jean Anglade est un auteur auvergnat, né en 1915.  Le tour du doigt est l'une de ses nombreuses oeuvres.  Ce roman a été publié pour la première fois en 1977 avant d'être réédité par les Presses de la Cité cette année à l'occasion du centenaire de l'auteur.  Il s'agit d'une oeuvre de terroir.

    Le personnage principal, Jules Vendanges est un jeune auvergnat, dont la particularité est de détester le fromage - ce qui est un comble pour un auvergnat! Vu son aversion pour ce produit, il ne pourra pas devenir paysan.  De plus, étant de faible constitution, il ne saura pas non plus être carrier, comme son père.  Puisqu'il est différent, ce n'est pas grave, il deviendra donc instituteur!

    C'est ainsi que le livre s'ouvre sur la vie de ce jeune auvergnat, sur les bancs de l'Ecole normale.

    Dans son roman, l'auteur nous embarque pour faire "le tour du doigt" de Jules Vendanges.  Et ce n'est qu'en fin de roman que ce titre prend toute sa signification. 

    Cette histoire se déroule en plusieurs temps.  

    Tout d'abord, il y a le temps de l'enfance de Jules, le temps de l'insouciance, le temps où il décrit sa vie en Auvergne et son aversion pour le fromage.  

    Temps immédiatement suivi de son entrée à l'école normale de Clermont-Ferrand, où il va apprendre à apprendre.  Sauf que ... ensuite, il y a le temps de la guerre, la guerre des poilus, la guerre des tranchées, la guerre de toutes les horreurs. Jules va être propulsé dans la vie active, perdre très rapidement son insouciance et commencer à donner cours à des élèves guère plus jeunes que lui, puisque tous les instituteurs sont sur le front.  Il nous décrit bien la nécessité de la différenciation dans une classe unique.  Différenciation qu'il gère d'ailleurs à merveille, malgré son manque d'apprentissage, son jeune âge et son manque d'expérience.  Puis, lui-même va avoir l'âge d'aller combattre pour sa patrie.  On le voit partir en guerre.  Il nous livre un témoignage poignant de cette époque de laquelle il ne sortira pas indemne: meurtri, physiquement et moralement, unijambiste, suite à une explosion, à Craonne.

    Vient ensuite le temps du retour à l'école normale.  Ses anciens camarades et lui, ayant subi entre-temps la guerre, ayant combattu pour leur patrie, ayant tout donné, s'y sentent terriblement mal.  Ils ont beaucoup changé, ne sont plus les gentils petits élèves qu'ils étaient avant la guerre.  Ils n'ont plus du tout envie d'obéir aux lois de l'école qu'ils jugent absurdes ou dépassées, voire même à l'encontre des convictions qu'ils ont développées.  Car la guerre, ça vous change un homme.  Où est la reconnaissance?  Ils se sentent trahis et vont se rebeller.  Mais cette rébellion leur sera fatale: aucun d'eux n'obtiendra son béhesse (brevet d'études supérieures).  

    C'est ainsi qu'on arrive dans la partie suivante de l'histoire.  Jules va être affecté à Bidon 5, une école isolée, dont le plus proche hameau, Le Faux, est situé à un quart d'heure de marche.  Il le vit bien sûr comme une disgrâce.  Quant à Thiers, c'est à cinq kilomètres de l'école.  Quasiment inaccessible pour un unijambiste tel que lui.  Mais il s'y habituera et y restera durant de longues années.  

    De longues années durant lesquelles on le voit tomber amoureux d'une jeune femme, Automne, dont le mari a disparu durant la guerre et qui ne semble pas prête à passer à autre chose.  Mais il ne lâchera rien, malgré les moments de doute.  Une belle rencontre avec un animal qui changera le cours de sa vie: son chien, Vendredi, qui va lui redonner espoir et envie de vivre.  Et son fils, Raoul, qui ne l'est pas vraiment, mais qu'il considère comme tel.

    Et, en fin de livre, le temps s'accélère, les années filent.  On le retrouve très vite vieux, nostalgique, racontant ses souvenirs et attendant impatiemment la fin de son voyage.  On s'aperçoit d'ailleurs que c'est l'une des choses dont il veut nous faire prendre conscience: le temps file vraiment très (trop) vite.

    Ce roman est superbement écrit, fluide, il se lit très facilement.  L'auteur nous emmène dans son terroir, on s'y sent chez soi.  Il mêle Histoire, principalement celle de la première guerre et de son terroir, enseignement, illusions et désillusions, amitié, amour...  Une magnifique leçon de vie que celle de Jules Vendange.

    Merci à Babelio pour cette magnifique découverte, reçue lors d'une masse critique spéciale, ainsi qu'aux éditions Presse de la Cité et à l'auteur.

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Sylvie Bar
    Lundi 6 Avril 2015 à 17:26

    je dois avouer que ce n'est pas mon style de lecture mais cela me semble etre un belle histoire de toute une vie , unpersonnage qui fait preuve de force, d'une certaine forme de courage et de persévérance

    2
    Aurore666
    Mardi 7 Avril 2015 à 10:11
    Oui, Sylvie, c'est exactement ça! Je dois t'avouer que si Babelio ne me l'avait pas proposée, je n'aurais sans doute jamais découvert cette lecture! Déjà parce que ce n'est pas de mon terroir, ni même de mon pays, mais c'est une très belle leçon de vie. :-D
    3
    Sabrina Laroche
    Mardi 7 Avril 2015 à 11:18

    Coucou, je ne connaissait pas merci pour cette découverte 

    passe une bonne journée bisous 

    4
    Mardi 7 Avril 2015 à 13:02

    Avec plaisir, Sabrina!  Bonne journée à toi aussi ;-)

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